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« Septembre jaune : quand la souffrance devient trop lourde »

il y a 4 jours
8 min de lecture

J’ai découvert récemment que septembre était aussi « Septembre jaune », le mois consacré à la prévention du suicide.


Je ne le savais pas.




Et lorsque j’ai commencé à réfléchir à ce que je pourrais écrire sur un sujet aussi difficile, je me suis demandé comment en parler. Comment trouver les mots justes, sans dramatiser, sans simplifier, sans prétendre savoir ce que vit une personne qui en arrive à penser à la mort.


Et puis je me suis rendu compte que je ne pouvais pas écrire cet article sans partir de quelque chose de beaucoup plus personnel.


Je suis une mère qui a appris un jour que l’un de mes fils avait pensé au suicide.


Mon fils et moi avons une relation extrêmement proche. Au-delà du fait qu’il soit mon fils, j’aime profondément la personne qu’il est. J’aime son intelligence, sa façon de penser, son regard sur les choses. Nous parlons énormément, nous avons beaucoup d’humour et nous rions de presque tout. Nous sommes très différents, mais il y a entre nous beaucoup de respect, de bienveillance et une parole habituellement très libre.


Et pourtant, ce jour-là, je n’ai rien su.


Je ne l’ai pas appris par lui.


C’est probablement cela qui m’a le plus bouleversée. Parce que lorsqu’une personne avec laquelle vous partagez autant ne vous dit pas qu’elle en est arrivée à penser au suicide, quelque chose vacille.


J’ai eu peur. J’ai été en colère aussi.


Et pendant un moment, j’ai cru avoir perdu confiance en lui.


Avec le recul, je crois que ce n’était pas exactement cela.


Je n’avais pas perdu confiance en mon fils. J’avais perdu la certitude qu’il me dirait toujours lorsqu’il irait vraiment mal.


Et je crois aujourd’hui qu’il a peut-être aussi voulu me protéger.


C’est probablement là que se trouve l’un des paradoxes les plus douloureux de cette histoire : lui a peut-être voulu me protéger en ne me disant rien. Et moi, parce que je l’aime, j’aurais justement voulu savoir pour pouvoir le protéger.


Deux façons de vouloir prendre soin l’un de l’autre qui, à cet instant-là, ne pouvaient pas se rencontrer.


Depuis, une question existe quelque part en moi :

Si je ne l’ai pas su cette fois-là, comment pourrais-je être certaine de le savoir une autre fois ?


Je ne peux pas.


Nous pouvons aimer profondément quelqu’un, le connaître intimement, être présents, disponibles, attentifs, et malgré tout ne pas avoir accès à tout ce qu’il traverse.


Aimer quelqu’un ne donne pas accès à toutes ses pensées.


Oui, il existe des signes auxquels nous pouvons apprendre à être attentifs. Oui, parler peut aider et savoir vers qui se tourner est essentiel.


Mais la prévention ne devrait jamais devenir une nouvelle manière de faire porter aux proches la responsabilité de tout voir et de tout empêcher.


Et peut-être faut-il commencer par là : apprendre à RENCONTRER SON CHAGRIN


Nous apprenons beaucoup de choses en grandissant : à travailler, à nous adapter, à être autonomes, à tenir, à continuer.


Mais qui nous apprend à être triste ?

Qui nous apprend à reconnaître la solitude, la honte, l’abandon, l’épuisement, le sentiment de ne plus avoir de place ou le désespoir ?


Et surtout, qui nous apprend à dire :

« Je ne vais pas bien. »

Sans avoir l’impression de déranger, sans avoir peur d’inquiéter, sans penser qu’il faudrait pourtant réussir à s’en sortir seul.


Il y a quelque temps, une phrase m’a profondément interpellée :

Rencontrer son chagrin, ce n’est pas s’y enfermer. C’est peut-être commencer par reconnaître qu’il existe.


Mais une crise suicidaire n’est pas simplement un chagrin qu’il faudrait apprendre à accueillir. La souffrance peut devenir tellement envahissante que la personne ne parvient plus à entrevoir de solution. Elle nécessite alors une véritable prise en charge.


Et si, en lisant ces lignes, c’est vous qui allez mal, j’aimerais m’adresser directement à vous quelques instants.


Peut-être que vous n’arrivez même pas à expliquer ce qui se passe. Peut-être que tout est mélangé : tristesse, colère, honte, peur, solitude, épuisement… Peut-être aussi que vous avez pris l’habitude de répondre « ça va » parce que mettre des mots demanderait une énergie que vous n’avez plus.


Ne cherchez pas forcément à tout comprendre maintenant.


Commencez peut-être simplement par reconnaître ce qui est là :


« Là, je souffre. »

« Là, je suis épuisé. »

« Là, je n’y arrive plus seul. »


Vous n’avez pas besoin de résoudre toute votre vie aujourd’hui. Vous avez besoin de traverser ce moment.


Alors faites une chose très concrète : dites-le à quelqu’un.

Même avec quelques mots.

« Je ne vais vraiment pas bien. J’ai besoin que tu restes un peu avec moi. »

Ou :

« J’ai des pensées qui me font peur et je ne veux pas rester seul avec ça. »


Et si parler à quelqu’un que vous connaissez vous semble impossible, appelez le 3114.


Vous pouvez simplement commencer par :

« Je ne sais pas comment vous expliquer, mais je ne vais pas bien. »

Ce sera déjà un début.


TOUTES LES CRISES SUICIDAIRES NE SE RESSEMBLENT PAS

Certaines personnes parlent beaucoup de leur souffrance, d’autres très peu.

Certaines expriment clairement des idées suicidaires, d’autres les dissimulent.

Certaines crises s’installent progressivement ; d’autres peuvent s’aggraver rapidement.


C’est aussi pour cela qu’une liste de signes ne suffira jamais à elle seule.


Pour autant, certains changements doivent nous interpeller : un isolement inhabituel, une rupture avec le comportement habituel, une perte d’intérêt, un profond désespoir, le sentiment d’être inutile ou de constituer un poids, l’impression qu’il n’existe plus de solution ou des paroles autour de la mort.


Un signe isolé ne signifie pas qu’une personne va se suicider. Mais lorsque quelque chose nous inquiète, il vaut mieux ouvrir une porte que détourner le regard.


En France, en 2024, 5,2 % des adultes de 18 à 79 ans ont déclaré avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. Chez les 18-29 ans, cette proportion atteint 8,6 %.

Cette souffrance est donc beaucoup moins rare qu’on ne pourrait le penser.


Alors, quand quelqu’un nous inquiète, il faut parfois oser poser la question que l’on préférerait ne jamais avoir à poser.

« EST-CE QUE TU PENSES AU SUICIDE ? »


On peut avoir peur de mettre une idée dans la tête de l’autre, d’être maladroit ou de se tromper.

Pourtant, parler directement du suicide n’augmente pas le risque suicidaire.


On peut commencer simplement :

« Je te trouve différent en ce moment. Comment vas-tu vraiment ? »


Et si l’inquiétude demeure :

« Est-ce qu’il t’arrive de penser au suicide ? »


Puis écouter.


Quelqu’un qui parvient à dire qu’il pense à mourir n’a pas d’abord besoin d’entendre

« mais tu as tout pour être heureux », « pense à tes enfants » ou « ça va passer ».


Il a besoin que nous entendions la gravité de ce qu’il vient de nous confier.


ET S’IL RÉPOND OUI ?


Nous n’avons pas besoin de devenir psychologue ou psychiatre.


« Merci de me l’avoir dit. »

« Depuis quand tu te sens comme ça ? »

« Est-ce que tu es en sécurité maintenant ? »


Et surtout :

« On ne va pas rester seuls avec ça. On va chercher de l’aide. »


Notre rôle n’est pas de déterminer seuls si « c’est grave » ou si « ça va passer ».


Le 3114, numéro national de prévention du suicide, peut être appelé par la personne en souffrance, mais également par un proche inquiet.

Des professionnels formés écoutent, soutiennent, conseillent et orientent.

Le numéro est gratuit et accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

En cas de danger immédiat : 15 ou 112.


Passer le relais n’est pas abandonner quelqu’un.


Mais il existe aussi des situations beaucoup plus difficiles à démêler.


QUAND LA PEUR PREND TOUTE LA PLACE DANS UNE RELATION


Que faire lorsqu’un proche répète :

« Si tu me quittes, je me tue. »

« Si tu fais ça, ce sera de ta faute. »


Pour celui ou celle qui reçoit ces paroles, la peur peut devenir immense.

Comment partir, dire non ou poser une limite lorsque l’on redoute que l’autre se fasse du mal ?

Une menace suicidaire doit être prise au sérieux.

Mais cela ne signifie pas que le proche doive renoncer à ses propres limites ou porter seul la responsabilité de maintenir l’autre en vie.


On peut répondre :

« Ce que tu me dis m’inquiète et je le prends au sérieux. Je vais chercher de l’aide avec toi ou pour toi. Mais je ne peux pas prendre mes décisions sous la menace que tu te fasses du mal. »

Là encore, le proche peut appeler le 3114 et demander conseil.


ET CEUX QUI RESTENT AVEC LA PEUR ?


Il y a quelque chose dont j’avais peu conscience avant de le vivre.


Une crise suicidaire peut laisser une trace chez l’entourage, même lorsque le geste n’a pas eu lieu.


Un téléphone qui ne répond pas. Un silence inhabituel. Une mauvaise journée. Une phrase qui nous semble différente.


Et notre esprit peut très vite aller vers ce que nous redoutons le plus.


Je connais cette peur.


Mais être attentif n’est pas la même chose que vivre dans l’anticipation permanente d’un drame.


Il faut parfois retrouver cette juste place : être présent sans surveiller chaque instant, écouter sans chercher à tout contrôler, aimer sans croire que notre amour pourra empêcher tout ce qui pourrait arriver.


Être proche ne signifie ni pouvoir tout savoir, ni devoir tout porter.


Et lorsque je pense à cette peur, je pense forcément aussi à ceux pour qui ce qui était redouté est réellement arrivé.


Aux parents qui ont perdu un enfant. Aux enfants qui ont perdu un parent. Aux conjoints, aux frères, aux sœurs, aux amis.


Et à ces questions qui peuvent rester :

Qu’est-ce que je n’ai pas vu ? Est-ce que j’aurais pu comprendre ? Est-ce que j’aurais pu empêcher cela ?


Connaître les signes, être attentif, poser des questions et chercher de l’aide peut être essentiel. Mais cela ne signifie pas que nous pouvons toujours savoir, ni toujours empêcher.


Aimer quelqu’un ne donne pas accès à toutes ses pensées.


Aucune campagne de prévention ne devrait ajouter de la culpabilité à la douleur de ceux qui restent.


Alors qu’est-ce que je retiens finalement de tout cela ?


Peut-être quelque chose de très simple.


Faire une place à la parole.


Créer suffisamment d’espace pour que quelqu’un puisse dire :

« Je ne vais pas bien. »


Oser demander une deuxième fois lorsque le premier « ça va » ne nous convainc pas.

Oser prononcer le mot suicide lorsque nous sommes réellement inquiets. Écouter sans immédiatement vouloir réparer. Et savoir passer le relais.


Mais peut-être aussi veiller davantage à la qualité de notre présence les uns aux autres.


À nos enfants, à notre conjoint, à nos parents, à nos amis.


Et même à ceux dont nous ne savons rien.


Nous pouvons croiser quelqu’un dans un magasin, au travail, dans une salle d’attente ou dans la rue sans avoir la moindre idée de ce qu’il est en train de traverser.


Nous aimerions tous, dans nos moments les plus difficiles, que quelqu’un nous voie vraiment.

Qu’une personne remarque que derrière notre « ça va », quelque chose ne va peut-être pas.


Un regard, un sourire, une parole, une question posée avec sincérité. Quelques minutes pendant lesquelles nous sommes vraiment présents.


Cela ne suffit pas à prévenir un suicide et nous ne devons pas nous donner ce pouvoir.


Mais un peu de lien peut parfois compter énormément.


Et si c’est vous qui, aujourd’hui, n’allez pas bien, dites-le à quelqu’un. Même avec quelques mots.


Parce que rencontrer son chagrin ne signifie jamais devoir le traverser seul.



Besoin d’aide, pensées suicidaires ou inquiétude pour quelqu’un ?

3114 — Numéro national de prévention du suicide

Gratuit — 24 h/24 — 7 j/7 — France entière.

Danger immédiat : 15 ou 112.

 
 
 

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