Le mensonge est souvent plus beau que la vérité....
- sandrine gourdy

- 19 oct. 2021
- 3 min de lecture
Les facteurs qui permettent de distinguer le mensonge de la vérité sont très subjectifs. Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations.
"C’est tellement facile de mentir. Quand on essaie d’opposer la vérité au mensonge, la vérité est très faible, elle est très vite attaquable, contestable. Un mensonge est tellement rapidement séducteur, séduisant. On est en face de deux notions très inégales et celui qui veut faire advenir une vérité va être accablé de l’agressivité des autres qui ne veulent pas entendre cette vérité. Il n’y a qu’à voir les principaux lanceurs d’alerte aujourd’hui, Edward Snowden ou Julian Assange."
Le mensonge, un fluidifiant social
On apprend à nos enfants deux choses :
À accepter sans discuter les mensonges des adultes, le Père Noël, les cloches de pâques, la petite souris des dents. Avec une récompense : si vous croyez au mensonge, vous aurez des chocolats et des cadeaux. Et en même temps, on dit à l’enfant : tu ne peux pas mentir, parce que si tu mens, je le vois. C’est Pinocchio, avec son nez qui s’allonge. Si on n’avait pas la capacité de mentir, en quelques heures, on ne pourrait plus être adapté à l’environnement social dans lequel on vit. On s’aperçoit que le mensonge est une forme de fluidifiant social. Il est gracieux pour tout le monde que nous soyons agréables. C’est un aspect paradoxal du mensonge : au moins au début, il a un aspect agréable ! Quels sont les mécanismes collectifs inconscients qui font adhérer à un mensonge avec tant d’énergie ? C’est que parfois le mensonge est bien plus beau que la vérité, comme dans le cas du cycliste américain Lance Armstrong. Tous les facteurs convergent pour démontrer qu’il a menti, mais la légende qu’il nous offre est tellement belle que toutes les forces se conjuguent pour qu’il reste !
"Le mensonge est pourtant toxique, c’est du poison dans une relation sociale. Nous ne pouvons vivre ensemble que parce que nous avons une relation mutuelle de confiance avec l’autre. Si le soupçon du mensonge s’installe, cette relation de confiance est rompue."
L’effet fauvette....
La fauvette est cet oiseau dans le nid duquel le coucou vient pondre son œuf. Elle va s’obstiner à nourrir l’oiseau du coucou qui a pourtant détruit tous les œufs fauvettes. On voit ainsi des gens qui veulent absolument persister dans un mensonge alors que tous les éléments montrent bien que c’est un mensonge.
Enjoliver la réalité
Nous avons probablement tous, à un moment donné, inventé une plus belle histoire que celle que nous avions réellement vécue. Il faut dire que parfois, la réalité est sinistre ou absurde.
"La capacité imaginaire que nous avons à projeter sur cette réalité un écran où on met un peu plus de couleur, de beauté, de gentillesse, cet élan à altérer la réalité, à la transformer pour la rendre plus belle, pour moi, c’est une énergie positive. Que l’on soit amené comme ça, dans différentes occasions, à enjoliver la réalité, pour moi, ce n’est pas pathologique. Mais il faut toujours, et c’est ça le secret, si on veut comprendre à quel moment un mensonge est pathologique ou si on le laisse passer, c’est toujours d’avoir la capacité de se sortir de ce mensonge."
Il est parfois difficile de sortir du mensonge. La détresse du menteur est immense quand on exige de lui de continuer à mentir et d’inventer de nouveaux détails, c’est très éprouvant et stressant. L’idée est de laisser aux gens la possibilité d’admettre qu’ils ont un peu exagéré. On observe aussi des pratiques traditionnelles, comme chez les Marseillais, où le mensonge est admis, mais avec l’idée que personne n’est dupe. La galéjade implique du plaisir, de l’échange, de la communication, avec comme bonus que personne n’est dupe. Elle incite tout le monde à l’exercice permanent du doute, à la saine pratique du doute, qui nous invite tous à aller vérifier.
Mentir par omission
Le mensonge par omission, c’est un bienfait.
"C’est ne pas dire à quelqu’un une information que l’on a. Mais si l’autre vous demande : est-ce que tu sais ? Alors, il faut dire ce que l’on sait, sinon, c’est un mensonge."
C’est le cas dans les unités de fin de vie, où le mensonge par omission est utilisé. Si le patient ne pose pas la question, cela veut dire qu’il ne veut pas entendre la réponse.
"C’est 'l’information pas à pas' : je ne donne cette vérité qu’en réponse à des questions précises qui m’ont été posées. On demande au patient : qu’est-ce que vous voulez savoir ? Avez-vous des questions ? Et s’il ne pose pas certaines questions, et que dans ce cas, je ne lui donne pas certaines informations, cela s’appelle un mensonge par omission, mais ce n’est pas un vrai mensonge, c’est une conversation où il y a des omissions."




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