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Comprendre ne suffit pas toujours à changer - Partie 2

Quand le corps n’a pas encore appris ce que la tête a compris


Dans la première partie de cet article, nous avons exploré ce paradoxe que beaucoup connaissent :

comprendre parfaitement ses mécanismes… et continuer malgré tout à les reproduire.


Savoir pourquoi nous avons peur de l’abandon ne fait pas nécessairement disparaître cette peur.


Comprendre pourquoi nous avons tant de mal à dire non ne signifie pas que nous parvenons soudainement à poser nos limites sans culpabilité.


Identifier notre besoin de contrôle ne suffit pas toujours à nous permettre de lâcher prise.


Et connaître par cœur nos blessures ne les empêche pas forcément de se réveiller lorsque certaines situations viennent les toucher.


C’est précisément là que s’arrêtait la première partie.


Si vous ne l’avez pas encore lue, je vous invite à commencer par :

« Comprendre ne suffit pas toujours à changer - Partie 1 »

Car dans cette seconde partie, nous allons descendre un peu plus profondément.

Nous allons quitter le seul territoire de la compréhension pour regarder ce qui se joue en dessous de la pensée consciente.


  • Pourquoi notre corps peut-il réagir avant même que nous ayons eu le temps de réfléchir ?

  • Pourquoi certains comportements semblent-ils se déclencher presque malgré nous ?

  • Pourquoi pouvons-nous savoir qu’une situation n’est pas dangereuse et sentir malgré tout notre cœur s’accélérer, notre ventre se nouer ou une urgence d’agir apparaître ?

  • Et surtout : comment passe-t-on progressivement de la compréhension à l’intégration ?


Pour le comprendre, il faut parler des automatismes, de la mémoire émotionnelle, de notre manière d’anticiper le danger… et de cette formidable capacité que nous avons aussi à apprendre autrement.



Les automatismes : quand le cerveau cherche d’abord à être efficace


Notre cerveau est une formidable machine à apprendre.

Et heureusement.

Imaginez que vous deviez réfléchir consciemment à chaque geste nécessaire pour conduire une voiture, marcher, écrire, ouvrir une porte ou vous brosser les dents.

Ce serait épuisant.


À force de répétition, notre cerveau automatise.

Mais il n’automatise pas uniquement des gestes.

Il automatise également des façons de réagir, d’anticiper, de nous protéger et d’entrer en relation.


  • Face au conflit, je me tais.

  • Face au rejet, je m’accroche.

  • Face à l’incertitude, je contrôle.

  • Face à la colère de l’autre, je m’excuse.

  • Face à la souffrance de quelqu’un, je me rends indispensable.

  • Face au sentiment d’échec, j’en fais encore davantage.

  • Face à la peur, je cherche immédiatement à être rassuré.

  • Face à une émotion trop intense, je m’agite, je travaille, je mange, je fais défiler mon téléphone, je rumine…

  • ou je cherche simplement quelque chose qui me permettra de ne plus ressentir ce qui se passe en moi.


Au départ, certaines de ces réponses ont pu être conscientes.

Puis elles ont été répétées.


Et ce qui est répété suffisamment souvent devient plus facilement accessible.

Notre cerveau aime les raccourcis. Il privilégie volontiers ce qu’il connaît déjà, particulièrement lorsque nous sommes stressés, fatigués ou émotionnellement activés.


Le problème, c’est qu’un automatisme ne se demande pas :

« Cette stratégie est-elle encore adaptée à la personne que je suis aujourd’hui ? »


Il reconnaît quelque chose de familier et réactive une réponse familière.


C’est aussi pour cela que le changement demande souvent davantage qu’une décision.


Il ne s’agit pas seulement de savoir ce que nous voudrions faire autrement.


Il faut progressivement rendre une autre réponse possible.



La mémoire émotionnelle : nous ne nous souvenons pas seulement avec des mots


Lorsque nous parlons de mémoire, nous pensons généralement aux souvenirs que nous pouvons raconter.


Une maison.

Une personne.

Une scène.

Une phrase.

Une date.

Mais toutes nos expériences ne restent pas en nous sous la forme d’un récit clairement accessible.


Nous développons aussi, au fil de notre histoire, des apprentissages implicites : des associations entre certaines situations et certaines réponses émotionnelles.

Ainsi, nous pouvons avoir oublié une multitude de scènes précises et avoir pourtant conservé quelque chose de ce qu’elles nous ont appris.


Par exemple :

« Lorsque quelqu’un s’éloigne, il faut agir vite pour ne pas le perdre. »

« Lorsque quelqu’un est contrarié, je suis probablement responsable. »

« Pour être aimé, je dois être utile. »

« Si je montre ce que je ressens, je risque d’être rejeté. »

« Je ne peux compter que sur moi. »

« Si je baisse la garde, quelque chose peut arriver. »


Ces croyances ne sont pas nécessairement formulées consciemment.

Elles peuvent apparaître sous forme d’une sensation, d’une tension, d’une anticipation, d’une impulsion ou d’un comportement.

C’est ce qui explique cette phrase que tant de personnes prononcent :

« Je sais que ma réaction est disproportionnée… mais c’est plus fort que moi. »


Elle dit quelque chose d’essentiel.


Deux niveaux peuvent coexister.


Une partie de nous sait que le présent n’est pas nécessairement dangereux.

Une autre reconnaît quelque chose qui ressemble suffisamment à une ancienne expérience pour déclencher l’alarme.

L’enjeu n’est alors pas de faire taire cette seconde partie à coups de raisonnements.

Il est de lui permettre, progressivement et à travers de nouvelles expériences, d’apprendre autre chose.



Nous ne réagissons pas seulement au présent : nous l’anticipons


Notre cerveau ne se contente pas d’enregistrer ce qui arrive.

Il anticipe constamment.

À partir de nos expériences précédentes, il formule en permanence des prédictions sur ce qui risque de se produire afin de nous permettre de réagir rapidement.

Cette capacité est indispensable.

Mais elle peut aussi expliquer pourquoi certaines situations relativement anodines provoquent parfois des réactions émotionnelles considérables.


Prenons quelque chose de très simple.

Quelqu’un ne répond pas à un message depuis trois heures.


Le fait objectif est :

Il n’a pas répondu depuis trois heures.

Mais notre histoire peut très rapidement compléter ce qui manque.

  • « Il s’éloigne. »

  • « J’ai fait quelque chose. »

  • « Il m’en veut. »

  • « Je ne compte pas vraiment pour lui. »

  • « Il va me quitter. »


Et quelques minutes plus tard, notre corps ne réagit plus seulement à un message resté sans réponse.

Il réagit à toute l’histoire que notre cerveau a construite autour de ce silence.


La même chose peut se produire avec un regard, une remarque, une absence, un changement de ton, une critique ou un désaccord.


Le présent agit alors comme un déclencheur sur lequel viennent se superposer des expériences plus anciennes.


D’où une question extrêmement précieuse lorsqu’une émotion devient très forte :

  • « Qu’est-ce qui appartient réellement à ce qui se passe maintenant… et qu’est-ce que mon histoire est peut-être en train d’ajouter à la situation ? »


Il ne s’agit pas de nier son ressenti.


Le ressenti est réel.


Mais l’interprétation qui l’accompagne n’est pas toujours toute la réalité.

Et cette distinction peut changer beaucoup de choses.



La fenêtre de tolérance : pourquoi nous ne sommes pas toujours capables de faire ce que nous savons


Nous possédons tous une certaine capacité à rester présents face à une émotion, une frustration, une incertitude ou une tension.


Lorsque l’intensité reste supportable, nous pouvons encore réfléchir, prendre du recul, écouter l’autre, sentir ce qui se passe en nous et choisir notre réponse.


Mais lorsque l’activation devient trop importante, cette capacité diminue.

Nous pouvons alors basculer vers une forme de suractivation :

anxiété, agitation, colère, accélération des pensées, hypervigilance, besoin urgent d’agir, impossibilité de lâcher prise, panique…


Ou, au contraire, vers une forme de retrait :

sidération, déconnexion, épuisement soudain, difficulté à penser, envie de disparaître de la situation, impression de ne plus rien ressentir.


La notion de fenêtre de tolérance permet de comprendre assez simplement ce phénomène.


Lorsque nous nous trouvons dans une zone d’activation que nous pouvons supporter, nous disposons de davantage de choix.


Lorsque nous sommes débordés, les réponses automatiques ont beaucoup plus de chances de reprendre le dessus.


Et cela explique quelque chose que nous avons presque tous vécu :

une heure après une dispute, nous savons exactement ce que nous aurions voulu dire.

Nous trouvons les mots.

Nous voyons ce que nous aurions pu faire autrement.

Tout semble évident.


Mais au cœur de l’activation émotionnelle, nous n’avions pas accès aux mêmes ressources.

Voilà pourquoi apprendre à se connaître ne consiste pas uniquement à identifier ses blessures.


Cela consiste aussi à reconnaître les premiers signes de son propre débordement.

Parce qu’il est beaucoup plus facile d’intervenir lorsque l’alarme commence à sonner que lorsqu’elle hurle déjà.



Quand penser devient une manière de ne pas ressentir


C’est ici qu’apparaît un mécanisme particulièrement intéressant chez les personnes très introspectives : l’intellectualisation.


Nous pouvons transformer une expérience émotionnelle en problème à résoudre.

Au lieu de rester quelques instants avec ce que nous ressentons, nous cherchons immédiatement à comprendre.


  • Nous expliquons.

  • Nous analysons.

  • Nous faisons des liens.

  • Nous remontons à l’enfance.

  • Nous cherchons la blessure.

  • Nous identifions le mécanisme.


Et cela peut procurer une impression de maîtrise extrêmement rassurante.

Tout devient cohérent.

Tout possède une explication.


Mais il existe une question beaucoup plus dérangeante :

« Qu’est-ce que toute cette compréhension m’évite peut-être de ressentir maintenant ? »

Parce qu’il est parfois plus confortable d’étudier sa peur de l’abandon que de rester avec le vide provoqué par l’absence de quelqu’un.


Plus facile de comprendre son besoin de contrôle que d’expérimenter réellement l’incertitude.


Plus facile d’expliquer pourquoi nous avons du mal à poser des limites que de supporter le visage déçu de quelqu’un à qui nous venons réellement de dire non.


Plus facile de comprendre pourquoi nous avons peur du rejet que de prendre le risque d’être pleinement nous-mêmes devant quelqu’un qui pourrait effectivement ne pas nous choisir.


L’intelligence peut devenir une magnifique ressource.

Mais elle peut aussi, parfois, devenir une armure.



Quand on devient « expert de soi-même »


Certaines personnes finissent ainsi par développer une connaissance impressionnante d’elles-mêmes.


Elles connaissent leurs blessures.

Leur style d’attachement.

Leurs mécanismes de défense.

Leurs déclencheurs.

Leurs croyances.

Leur fonctionnement familial.


Elles comprennent pourquoi elles choisissent certains partenaires, pourquoi elles ont peur du conflit, pourquoi elles ont besoin de contrôler, pourquoi elles se suradaptent.

Elles peuvent parfois expliquer leur fonctionnement avec une précision remarquable.


Et pourtant, leur vie ne change pas autant qu’elles l’espéraient.


C’est là qu’une distinction devient importante :

se connaître n’est pas seulement savoir parler de soi.


On peut devenir extraordinairement compétent pour expliquer son fonctionnement sans être encore capable de faire autrement lorsque l’émotion surgit.


À force de travailler sur soi, on peut même parfois oublier d’apprendre à vivre avec soi.


La connaissance devient alors une collection.

  • Encore un concept.

  • Encore une explication.

  • Encore une grille de lecture.

  • Encore une étiquette.

  • Et parfois même une identité :

« Je suis quelqu’un qui travaille énormément sur moi. »


Mais le but du développement personnel n’est pas de passer sa vie à se réparer.

Le but devrait peut-être être, à terme, de pouvoir davantage vivre.



L’évitement expérientiel : tout ce que nous faisons pour ne pas ressentir


Nous cherchons naturellement à éviter ce qui nous fait souffrir.

  • La peur.

  • La honte.

  • La tristesse.

  • Le vide.

  • La culpabilité.

  • L’incertitude.

  • La frustration.


C’est profondément humain.


Mais certaines stratégies d’évitement sont beaucoup moins évidentes que d’autres.


  • Travailler sans arrêt peut empêcher de sentir le vide.

  • Prendre soin de tout le monde peut éviter de se confronter à ses propres besoins.

  • Contrôler peut éviter de ressentir l’incertitude.

  • Chercher constamment des réponses peut empêcher de rester avec une question qui n’en possède pas encore.

  • Rester dans une relation peut éviter d’affronter la solitude.

  • Quitter systématiquement les relations peut éviter d’affronter l’intimité.

  • Être constamment occupé peut éviter de rencontrer ce qui apparaît lorsque le silence revient.


Et même le développement personnel peut participer à cet évitement lorsqu’il nous maintient perpétuellement dans une promesse :

« Quand j’aurai réglé ça, je pourrai enfin vivre. »


Puis autre chose apparaît.

Alors nous recommençons.

Encore une blessure.

Encore un blocage.

Encore quelque chose à comprendre ou à réparer.

Et sans nous en apercevoir, nous pouvons passer davantage de temps à préparer notre vie intérieure… qu’à vivre notre vie.



Attention à ne pas transformer le développement personnel en nouvelle injonction


Il existe aujourd’hui une tendance à vouloir tout interpréter psychologiquement.


Votre relation vous fait souffrir ?

Travaillez sur votre attachement.


Vous êtes en colère ?

Cherchez votre blessure.


Vous êtes anxieux ?

Régulez votre système nerveux.


Vous avez du mal à supporter une situation ?

Travaillez votre tolérance à l’inconfort.


Mais toutes les émotions difficiles ne sont pas le signe d’un dysfonctionnement intérieur.


  • Parfois, nous sommes tristes parce qu’une situation est réellement triste.

  • En colère parce qu’une limite a été franchie.

  • Inquiets parce qu’une situation est objectivement incertaine.

  • Épuisés parce que nous en faisons trop.

  • Malheureux dans une relation parce que cette relation ne nous convient réellementpas.


Tout ne demande pas une introspection supplémentaire.

Parfois, la réponse n’est pas seulement à l’intérieur.

Parfois, quelque chose doit réellement changer à l’extérieur.

Et cette nuance est fondamentale.



Se réguler ne signifie pas apprendre à tout supporter


C’est probablement l’une des nuances les plus importantes lorsqu’on parle aujourd’hui de régulation émotionnelle.

Apprendre à réguler ses émotions ne signifie pas devenir suffisamment calme pour supporter indéfiniment ce qui nous abîme.


On ne travaille pas sur soi pour devenir capable de tolérer une relation destructrice.


  • Un environnement professionnel maltraitant.

  • Des humiliations.

  • Des limites constamment franchies.

  • Une absence permanente de réciprocité.

  • Une situation profondément contraire à nos valeurs ou à nos besoins.

  • Parfois, l’anxiété n’est pas seulement quelque chose à calmer.

  • Elle peut aussi être une information.

  • La colère peut être une information.

  • L’épuisement peut être une information.

  • La tristesse peut être une information.


Nos émotions ne possèdent évidemment pas toujours la vérité absolue sur une situation.

Mais elles méritent d’être entendues.


La question ne devrait donc pas toujours être :

« Comment faire disparaître ce que je ressens ? »


Elle peut aussi devenir :

« Qu’est-ce que ce que je ressens m’invite à regarder ? »

Et parfois :

« Est-ce vraiment à moi de m’adapter davantage… ou est-ce cette situation qui ne me convient plus ? »



La sécurité intérieure ne consiste pas à ne plus avoir besoin des autres


Autre confusion fréquente dans certains discours de développement personnel :

« Il faut apprendre à ne plus avoir besoin de personne. »

Mais nous sommes des êtres profondément relationnels.


Avoir besoin d’affection, de soutien, de reconnaissance, de proximité, d’écoute ou de réconfort n’est pas une faiblesse à éradiquer.

L’autonomie émotionnelle ne signifie pas l’autosuffisance absolue.


Elle consiste davantage à pouvoir être en relation sans abandonner entièrement à l’autre la responsabilité de notre équilibre intérieur.


  • Je peux avoir besoin de toi sans disparaître lorsque tu t’éloignes.

  • Je peux aimer ta présence sans perdre toute valeur en ton absence.

  • Je peux demander à être rassuré sans te demander de réguler chacune de mes émotions.

  • Je peux aimer profondément sans m’abandonner moi-même.

  • Je peux m’attacher sans me perdre.


Voilà une autonomie beaucoup plus humaine que l’idée de ne plus avoir besoin de personne.



Le corps : non pas un ennemi à contrôler, mais un partenaire à écouter


Revenir au corps ne signifie pas considérer chaque sensation comme un message mystérieux à décoder.


Cela peut être beaucoup plus simple.


Observer.

Sentir.


Remarquer la respiration qui change.

La mâchoire qui se serre.

Les épaules qui remontent.

La gorge qui se noue.

Le ventre qui se contracte.

L’agitation qui apparaît.

L’envie soudaine de répondre, de fuir, de se justifier ou de contrôler.


Et reconnaître :

« Quelque chose vient de s’activer en moi. »

Sans nécessairement agir dans la seconde.


C’est peut-être l’un des apprentissages les plus simples à formuler et les plus difficiles à pratiquer :

ressentir une impulsion sans être obligé de lui obéir.

Quelques secondes.

Quelques respirations.

Quelques minutes parfois.

Juste assez pour permettre à autre chose d’apparaître.

Non pas pour nier l’émotion.

Mais pour retrouver une possibilité de choix.



À quoi reconnaît-on alors que quelque chose est réellement en train de changer ?


Pas nécessairement à de grandes révélations.

Souvent, les signes sont beaucoup plus discrets.


  • Vous repérez votre mécanisme plus tôt.

  • Vous avez toujours envie de vous justifier, mais vous le faites moins.

  • Vous ressentez encore la culpabilité après avoir posé une limite, mais vous ne retirez plus immédiatement cette limite.

  • Vous êtes déclenché, mais vous mettez moins longtemps à revenir à vous.

  • Vous reconnaissez plus rapidement qu’une peur ancienne vient de se réactiver.

  • Vous demandez de l’aide avant d’être complètement épuisé.

  • Vous cessez progressivement de confondre amour et sacrifice.

  • Vous supportez un peu mieux que quelqu’un puisse être déçu sans considérer immédiatement que vous avez fait quelque chose de mal.

  • Vous faites parfois quelque chose de nouveau alors même qu’une partie de vous réclame encore l’ancien comportement.


C’est beaucoup moins spectaculaire qu’un grand « déclic ».

Mais c’est souvent beaucoup plus profond.


Parce qu’une nouvelle expérience est en train de s’inscrire.



Et surtout : le changement n’est pas linéaire


On peut avoir énormément avancé et, un jour, reproduire exactement un ancien comportement.

Cela ne signifie pas que tout le travail accompli a disparu.

Nos vieux automatismes peuvent réapparaître lorsque nous sommes fatigués, stressés, fragilisés ou confrontés à une situation particulièrement intense.

« Moi, j'appelle cela tomber de son fil. »


La différence se trouve ailleurs.


Avant, je mettais trois semaines à comprendre ce qui m’était arrivé.

Aujourd’hui, je le vois en trois jours.

Puis en trois heures.

Puis parfois au moment même où cela se produit.

Avant, je restais enfermé longtemps dans la culpabilité.

Aujourd’hui, je la traverse plus rapidement.

Avant, je me jugeais immédiatement.

Aujourd’hui, je peux regarder ce qui vient de se passer avec davantage de curiosité.

Avant, je m’abandonnais complètement dans certaines situations.

Aujourd’hui, je sais davantage revenir à moi.


Le progrès ne se mesure donc pas uniquement au nombre de fois où nous ne retombons plus.

Il se mesure aussi à la manière dont nous savons revenir à nous lorsque nous retombons.



Peut-être faut-il aussi arrêter de vouloir « guérir » de soi


Il y a quelque chose de profondément épuisant dans l’idée que nous serions tous des chantiers permanents.

Toujours une blessure à réparer.

Une croyance à déconstruire.

Un blocage à lever.

Une meilleure version de soi à atteindre.


À force, nous pouvons finir par nous observer comme si quelque chose devait constamment être corrigé en nous.

Mais peut-être qu’une partie du chemin consiste aussi à arrêter de se regarder comme un problème.


Nous pouvons avoir une histoire.

Des fragilités.

Des automatismes.

Des contradictions.

Des endroits encore sensibles.

Et malgré tout cela, être pleinement vivants.


Le but n’est probablement pas d’atteindre un jour où plus rien ne nous touche.


Il est peut-être de devenir suffisamment présents à nous-mêmes pour ne plus nous abandonner lorsque quelque chose nous touche.

Et cette différence est immense.



De la conscience à l’intégration


Finalement, le chemin pourrait ressembler à cela :

Je prends conscience.Je comprends ce qui se joue.

J’observe.Je reconnais le moment où mon mécanisme apparaît.

Je ressens.Je cesse progressivement de vouloir faire disparaître immédiatement tout inconfort.

Je régule.Je retrouve suffisamment d’espace intérieur pour ne plus être uniquement dans la réaction.

Je choisis.Je distingue ce qui appartient au présent de ce qui vient de mon histoire.

J’expérimente.J’essaie, même imparfaitement, une autre réponse.

Je répète.Parce qu’un nouveau fonctionnement a lui aussi besoin d’être vécu plusieurs fois.

J’intègre.Et progressivement, ce qui demandait autrefois un effort immense devient plus accessible.


Puis un jour, parfois sans même nous en apercevoir, une situation qui autrefois aurait provoqué une tempête se présente à nouveau.

La situation ressemble à l’ancienne.

L’émotion apparaît peut-être encore.

Mais quelque chose a changé.

Nous ne sommes plus obligés d’y répondre de la même manière.



Et peut-être est-ce cela, finalement, le véritable développement personnel


Pas devenir invulnérable.

Pas devenir parfaitement « guéri ».

Pas analyser chacune de ses émotions.

Pas connaître par cœur toutes ses blessures.

Pas atteindre une version idéale de soi.


Mais devenir capable de se rencontrer avec davantage de conscience au moment même où la vie nous bouscule.


Pouvoir reconnaître :

« Voilà mon ancienne peur. »

Sans forcément lui obéir.

« Voilà mon besoin de contrôle. »

Sans forcément tout contrôler.

« Voilà ma peur d’être rejeté. »

Sans forcément me trahir pour être accepté.

« Voilà ma culpabilité. »

Sans forcément retirer la limite que je viens de poser.

« Voilà mon envie de fuir. »

Sans forcément partir.

Et parfois aussi :

« Voilà une situation qui ne me convient réellement plus. »

Et avoir suffisamment appris à s’écouter pour partir.


Parce qu’au fond, le développement personnel ne devrait peut-être pas nous apprendre à devenir quelqu’un d’autre.

Il devrait nous aider à devenir suffisamment présents à nous-mêmes pour pouvoir choisir.


  • Choisir plutôt que répéter.

  • Ressentir plutôt que fuir systématiquement.

  • Nous protéger sans nous enfermer.

  • Aimer sans nous abandonner.

  • Dire non sans cesser d’aimer.

  • Demander sans nous sentir faibles.

  • Recevoir sans nous sentir redevables.

  • Être seuls sans nous sentir abandonnés.

  • Être avec les autres sans nous perdre.

  • Et accepter qu’il restera probablement toujours quelques endroits sensibles en nous.

  • Ce n’est pas grave.


Car la liberté émotionnelle n’est peut-être pas l’absence de blessures.


C’est le moment où nos blessures cessent progressivement d’écrire seules la suite de notre histoire.

Alors, la prochaine fois que vous vous surprendrez à penser :

« Pourtant, je sais tout ça… »

peut-être pourrez-vous simplement ajouter :

« Oui. Je le sais. Maintenant, il me reste à l’expérimenter. »

Car comprendre peut ouvrir une porte.

Mais ensuite…

il faut encore la franchir.



Un mot plus personnel pour terminer


Si j’ai eu envie d’écrire ces deux articles, c’est parce que ce sujet revient souvent, très souvent, dans les accompagnements.


Je rencontre des personnes qui ont énormément réfléchi sur elles-mêmes. Elles ont lu, compris, analysé, parfois fait un long travail thérapeutique. Elles savent très bien expliquer leurs blessures, leurs peurs, leurs schémas.


Et pourtant, au moment où une situation vient toucher quelque chose de sensible, elles se retrouvent parfois démunies face à une réaction qu’elles connaissent pourtant par cœur.


C’est quelque chose qui me touche beaucoup, parce qu’il y a là une forme de découragement très particulière :

« Mais enfin, je le sais… alors pourquoi est-ce que je recommence ? »


Mais je ne pourrais pas terminer ces deux articles sans vous dire quelque chose d’important :

je ne les ai pas écrits uniquement depuis ma place de professionnelle.


Je les ai aussi écrits depuis ma place de femme.


Parce que moi aussi, j’ai beaucoup lu, cherché, compris, analysé.

Moi aussi, j’ai connu ces moments où la tête sait parfaitement… mais où quelque chose en nous continue à réagir autrement.

Moi aussi, j’ai découvert qu’il existe parfois une distance immense entre savoir ce qui serait bon pour soi et réussir réellement à le faire lorsque l’émotion, la peur, l’attachement ou nos vieux automatismes entrent dans la pièce.

Et moi aussi, je continue d’apprendre.


Je crois même que c’est une chose importante à dire lorsque l’on accompagne les autres : nous ne sommes pas d’un côté ceux qui savent et, de l’autre, ceux qui ont encore du travail à faire.


Nous sommes tous traversés par une histoire, des apprentissages, des fragilités, des contradictions et des endroits où nous sommes encore en chemin.


Peut-être est-ce aussi cela qui nourrit ma manière d’accompagner.


Je ne regarde pas seulement les mécanismes avec des connaissances ou des outils.


Je sais aussi ce que signifie comprendre quelque chose de soi… et constater que le comprendre ne suffit pas toujours à le transformer.


Et puis il y a vous.


Toutes les personnes que j’ai la chance d’accompagner et qui, séance après séance, me confient une partie de leur histoire.


Vous m’apprenez énormément.


À travers vos avancées, vos résistances, vos peurs, vos prises de conscience, vos rechutes parfois, vos victoires aussi, vous me rappelez constamment qu’un chemin intérieur n’est jamais une ligne droite.


Alors j’ai envie de vous dire MERCI ❤️.

Merci à celles et ceux qui se reconnaîtront dans ces lignes.

« Et une pensée particulière pour Angélique, Sabrina,Jessica, Enora … Vous saurez pourquoi. » 

Merci pour votre confiance.

Merci pour ce que vous osez déposer.

Merci pour les moments où vous acceptez de regarder quelque chose que vous auriez préféré ne pas voir.


Merci aussi pour ces petits messages qui arrivent parfois entre deux séances :

« Cette fois, j’ai réussi à dire non. »

« Je n’ai pas rappelé. »

« J’ai posé ma limite. »

« J’ai pensé à moi. »

« J’ai eu peur, mais je l’ai fait quand même. »

« Je n'ai pas paniqué ! »

Ce sont quelques mots.

Mais je sais tout ce qu’ils peuvent représenter.


Parce qu’au-delà des grandes prises de conscience, ce sont souvent ces changements presque invisibles qui racontent le mieux le chemin parcouru.


  • Une personne qui commence à se demander ce qu’elle veut, elle, après avoir passé des années à répondre aux besoins de tout le monde.

  • Une autre qui découvre qu’elle peut aimer sans se sacrifier.

  • Une autre encore qui comprend qu’elle n’a pas besoin d’attendre de ne plus avoir peur pour commencer à avancer.

Et moi aussi, à ma manière, je marche sur ce chemin.


C’est peut-être finalement ce que l’écriture de ces deux articles m’a rappelé.


Nous n’avons jamais totalement « fini » de nous connaître.

Et peut-être n’est-ce même pas le but.


Le but n’est pas de devenir parfaitement réparés, parfaitement conscients, parfaitement régulés.


Le but est peut-être simplement d’être un peu plus présents à nous-mêmes aujourd’hui qu’hier.

De nous reconnaître plus vite lorsque nous sommes en train de nous perdre.

Et d’apprendre, encore et encore, à revenir vers nous.


Alors ces deux articles sont aussi un peu les vôtres.

Ils sont nés de mes lectures, de mon expérience, de mon propre chemin, mais également de toutes ces histoires humaines que j’ai la chance de croiser dans mon métier.


Et à toutes celles et ceux qui m’accordent leur confiance :

Merci.

Vous pensez venir parfois chercher quelque chose auprès de moi.

Mais sachez qu’à votre manière, vous m’apprenez aussi énormément.

Et c’est probablement l’une des plus belles dimensions de mon métier.




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