Aider les autres sans se perdre
- sandrine gourdy

- 28 avr. 2022
- 2 min de lecture
Bien sûr, le dévouement est une valeur positive, mais quand va-t-il trop loin ? Quand tombe-t-on dans le sacrifice ?
« Abnégation, sacrifice et dévouement sont des synonymes. C'est surtout sur la durée qu’il y a une distinction à faire. Le sacrifice est pertinent quand il est ponctuel, c’est quand il devient permanent qu’il est délétère ».
Se libérer du complexe de Cendrillon - Trouver l'audace de vivre, le psychanalyste Saverio Tomasella met un nom sur cette propension à en faire trop pour les autres jusqu’à en étouffer ses propres désirs. Il l’appelle le complexe de Cendrillon. « Comme l’héroïne du conte de Perrault [...], on peut mettre notre vie de côté pour soutenir un proche, tout prendre en charge au sein d’une famille, renoncer à nos rêves ou à nos convictions pour être accepté et aimé » détaille-t-il.

Plusieurs situations prédisposeraient à ce complexe. « Avoir une faible estime de soi, ne pas avoir eu l’impression d’être aimé inconditionnellement, enfant, ou encore être devenu adulte trop tôt, parce qu’il fallait aider les parents ».
Prendre soin des autres, c’est presque « une drogue », pour certaine personne. Dire non est difficile.
Pour éviter de tomber dans le sacrifice extrême et les frustrations qu’il peut susciter, il faut justement apprendre à poser ses limites. Cette tendance à vouloir aider les autres, à leur faire plaisir, à bout de souffle, parfois on s’entend reprocher aux enfants : « Avec tout ce que j’ai fait pour vous ! » Des paroles culpabilisantes qui indiquent qu’on en a trop fait.
Avoir un proche qui en fait trop pour les autres n’est pas forcément un cadeau. « Si l’on s’attend à ce que l’autre fasse de même, le sacrifice peut se transformer en dette envers l’autre ». Pour éviter de glisser vers cette situation inconfortable, il faut exprimer ses difficultés et ses doutes à l’autre, sans ressentir de la culpabilité.
Poussé à l’excès, le dévouement à autrui peut aussi mener à la dépression ou à une fatigue extrême. « Il y a un équilibre à trouver entre être à l’écoute de l’autre et ne pas s’oublier ». Pour éviter de se rendre jusque-là, se demander ce que l’on craint de perdre si l’on arrêtait d’en faire autant. Dans le célèbre conte, Cendrillon finit par accepter de vivre son désir en se rendant au bal, « elle se libère du fardeau de l’esclavage , elle peut passer du service à la générosité », écrit Saverio Tomasella.
J’ai vu ma mère veiller tard pour écouter son frère lui confier ses problèmes, alors qu’elle commençait sa journée à l’hôpital tôt le lendemain, et mon père faire le taxi pour un grand nombre de personnes, même s’il avait d’autres choses à faire. Je les ai souvent vus s’épuiser pour faire plaisir aux autres.
Témoignage: Aider les autres sans s'y perdre par Julia haurio



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